Montréal, 12h41 pm: 2 espressos, une terrasse au soleil, malgré le printemps qui tarde et un jeune homme qui vient de faire 10 pays en 10 mois du haut de ses humbles 24 années de vie. Il a visité le Liban, l’Iran, l’Irak, la Turquie, la Géorgie, l’Arménie, la Jordanie, la Palestine, l’Israël et l’Oman, le tout la caméra à la main.

The grandiose Sultan Qaboos Mosque in Muscat, Oman – Drowster

Drowster est montréalais. L’ayant rencontré lors de l’organisation de sa première expo avec LPM dans St-Henri en 2015, celui-ci est connu pour ses photos allant du portrait aux clichés urbains. Drowster est grand, il a les yeux clairs, la peau blanche, il est issu de la classe moyenne et il n’a jamais vécu quelque chose se rapprochant de l’itinérance. Jamais n’a-t-il été victime de profilage racial, de xénophobie ou d’une haine profonde envers son apparence ou sa culture. Pourquoi alors sortir de son confort nord-américain et se lancer dans l’inconnu, au Moyen-Orient?

Drowster : Je me demandais pourquoi est-ce que ces peuples-là étaient dans le silence, pourquoi on entend juste ISIS ou les talibans. Je vais aller naïvement au Moyen-Orient parce que « Fuck It ». J’y connaissais rien, j’avais juste un mentor qui m’avait dit où ne PAS aller, mais, sinon, je l’ai appris sur le top.

G : Oui, il y a une assurément une imposture par rapport à l’image du Moyen-Orient qui est véhiculée en Amérique du nord. Essayes-tu de contrer cela?

Drowster : Il y a les Moyens-Orientaux basés ici qui peuvent parler pour leur culture et la défendre. Mais outre ça, nomme-moi des blancs qui défendent le Moyen-Orient et leur vision.[…] Alors moi, j’essaye de profiter de mon statut d’homme blanc pour faire comprendre qu’il y a beaucoup de positif à connaître du Moyen-Orient outre la généralisation de la violence. Le Moyen-Orient, c’est tellement plus que ça.

A local bedouin playing oud in Petra, Jordan – Drowster

G : Est-ce qu’il y a eu un moment particulier qui t’a fait réaliser cela?

Drowster : Juste entendre le mot « Welcome ». C’est le mot que j’ai entendu le plus souvent et ce n’est pas parce que les gens parlent anglais. Il n’y a pas vraiment de tourisme là-bas, ce sont des sociétés authentiques qui sont très peu influencées par les voyageurs. C’est un peu comme un film que tu vis. Les gens ne sont pas habitués de te voir ici, mais ils sont tellement contents de te voir et partager leur culture avec toi. Les gens savent que les gens qui me ressemblent ont peur d’eux et sont heureux de te voir parmi eux en amis dans leur communauté. Il y a une grande hospitalité. En Iran, j’étais dans la rue en train de manger un muffin relax quand une auto est passée devant moi et l’homme qui la conduisait fait marche arrière juste pour me souhaiter « Welcome in my country » et il est reparti. Et je crois que le monde qui est allé en Iran va te dire qu’ils sont aussi conviviaux. 

G : Qu’est ces habitants t’ont dit par rapport à « notre » conception du Moyen-Orient, c’est-à-dire, celle de l’Amérique du Nord?

Drowster : Ils m’ont tout de suite dit « On n’est pas le Daesh, on n’est pas “eux” ». Eux, ils ne sont pas musulmans comme nous. Eux, c’est une vision politique et non religieuse qui ne nous représente pas.

G : Quelle a été ta plus belle expérience dans tout ça ?

Drowster : La générosité des gens. Quand tu dis que tu aimes quelque chose ou que quelque chose est beau, leur premier instinct sera de te le donner. Ils préfèrent qu’un objet soit à toi plutôt que de le garder. J’étais dans un désert en Jordanie. Je buvais du thé et du café avec des locaux et avec le peu d’arabe que j’ai pu apprendre, on a réussi à échanger. Un homme avait une superbe carafe à café et je lui ai dit qu’elle était belle. Son premier réflexe était de me l’offrir. Je lui ai dit, non, voyons, mais il VOULAIT absolument que je la prenne. C’est un esprit de partage qu’on a aucunement en Amérique du Nord, mais eux, là-bas, ils l’ont.

A bedouin staring into the distance in Wadi Rum, Jordan – Drowster

G : Tu dirais que tu y es allé pour le voyage ou pour la photo ?

Drowster : Les deux. Quand je rencontre les gens, ma caméra est dans mon dos. Ce qui est important, c’est le contact humain, l’expérience ou l’émotion derrière la photo. Si je devais choisir entre ne pas y aller ou perdre toutes mes photos, ça me serait égal. […] C’est loin d’être ma dernière fois au Moyen-Orient. Ça ne m’a que simplement ouvert les yeux sur des cultures absolument incroyables.

A house in the Wadi Qelt oasis, Palestine – Drowster

Derrière les yeux de Drowster se trouvent 1001 raisons de transformer l’ignorance en tolérance, des raisons qui se traduiront en 22 *clics* à travers son objectif lors de sa prochaine exposition, You don’t know ME.

You don’t know ME : Évènement Facebook
Quand : Vendredi 16 mars, 19 h à 3 h.
Où : Artgang Plaza, 6524, rue St-Hubert, Montréal (Québec) H2S 2M3

Drowster
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The West has a very narrow-minded image of the Middle East. As travel is avoided, the only way Westerners get to know the region is through movies or the media. Both portray the region as barbaric, violent and ruthless. On the contrary, the Middle East is rich in history, landscapes and humanity. We tend to forget that it is where many inventions were created: algebra, the wheel, time, astronomy, maps, the alphabet, writing, hospitals, sailboats and coffee. The foundations of our civilized lives began in the Middle East. The You don’t know Middle East (ME) initiative has one sole purpose: change Westerners’ visual references of the region.” — Youdontknowme.ca