Le doux soft club est un collectif rassemblant quatre jeunes artistes montréalaises dont le travail est axé sur le vêtement, sa sensibilité et le dialogue qui se crée entre les deux. Je rencontre les filles pour discuter de leur toute nouvelle exposition /rien d’ordinaire/ à la galerie GHAM & DAFE, du 9 au 28 février.

Toutes issues des programmes d’arts visuels de l’UQAM, Pénélope Bourgeois, Chloë Baril, Mariane Stratis et Marion  Paquette ont été diplômées il y a déjà quelques années.  Pour les quatre artistes, le doux soft club est une façon de se relancer entre elles pour explorer différentes avenues et pour se donner confiance dans  « l’après-bac », pour se valider, mais surtout, pour avoir du plaisir! « On crée ensemble parce qu’on se sent bien, parce qu’on aime ce qu’on fait! » souligne Pénélope.

Les membres du club n’en sont pas non plus à leur première exposition, mais elles sentaient l’urgence de se renouveler. « Seul.e face à un projet, c’est parfois dur de s’affirmer, de se démarrer, en tant qu’artiste émergent.e. À plusieurs, on se met alors en action, on cesse les crises d’angoisse, et, au pire, on se pète la gueule ensemble! » avoue Marion. « Le collectif nous a permis de balancer nos faiblesses avec les qualités des autres! », ajoute Mariane.

doux soft club
Image @douxsoftclub

Le doux soft club est né lorsque la galerie Gham & Dafe, située au coeur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, a fait son appel de projets en septembre dernier. L’approbation de la microrésidence du club a finalement consacré la vocation du projet. L’exposition /rien d’ordinaire/ s’articule autour de déambulations et d’observations dans ce quartier qu’elles n’habitent pas. « Dans nos trois pratiques, on a toutes décidé de prendre une direction où on portait un regard extérieur sur le quartier, un peu comme un touriste », soutient Chloë.

doux soft club
« Le baluchon idéal »
Artistes : Pénélope & Chloë

Trois pratiques qui n’ont rien d’ordinaire

Pendant des mois, le club a mené sa petite enquête près du lieu de la galerie. Pénélope et Chloë ont posé des questions aux enfants du quartier pour en apprendre plus sur les aspects ludiques des parcs environnants. Si vous connaissez déjà Pénélope et Chloë, vous savez qu’elles s’amusent avec les tissus, le vêtement, les textures et les formes, le tout dans un esprit enfantin. L’intuition est leur divine étoile. Le duo a donc confectionné les « baluchons idéals » contenant des habits amusants aux couleurs disjonctées, inspirés des modules de jeux et des particularités des parcs choisis. « On s’est vraiment mises dans la peau des enfants pour trouver les éléments les plus cools qui pouvaient susciter leur intérêt de jouer ici plus que là-bas”, commente Chloë.

De son côté, Mariane s’est installée pendant des semaines à la buanderie Spin Café,  un bel endroit lumineux à l’angle des rues Adam et Valois. Elle a  demandé aux clients du lavoir dans quel vêtement ils aimeraient mourir. « Parler de la mort, c’est aussi parler de la vie. Je faisais du lavage avec les gens, je les ai laissés me raconter l’histoire du vêtement choisi et je me suis sentie choyée par les témoignages que j’ai reçus », admet-elle.  Des photos agrandies à l’extrême des derniers morceaux et de leur texture accompagneront les récits amassés par l’artiste.

Pour sa part, Marion s’est attardée à l’aspect du « travail » dans l’arrondissement, en engageant un dialogue de gestes avec des bâtiments qui l’ont interpellée. « Je me suis intéressée à l’architecture sensible de l’intérieur et de l’extérieur des structures urbaines. » C’est dans ses habits blanc immaculé que l’artiste évolue dans ses photographies, ses performances et ses installations. «L’idée était de trouver comment rendre l’uniforme impersonnel plus ludique et personnalisé, notamment en me détachant des codes de la mode pour me rapprocher de l’extraordinaire.» C’est ainsi qu’elle entre en contact avec Hochelaga-Maisonneuve.

doux soft club
Photo : Marion Paquette

En terminant l’entrevue (qui a tellement duré 1h30!), je leur demande : « et si vous étiez une texture, laquelle seriez-vous?»

Marion hésite longtemps entre le tapis de laine et la serviette de coton. Elle semble pencher pour la dernière option, plus « versatile », plus polyvalente, mais elle opte plutôt pour le tapis de laine. « Pas un tapis rugueux, là. Un tapis doux », spécifie-t-elle.

Chloë s’exclame de joie! Après mûre réflexion, elle se proclame le « cure-pipe en minou » !

Pénélope s’élance vers le cache-cou en polar, qu’elle choisit en insistant sur la texture du molleton. Elle précise aussi qu’ensemble, elle et Chloë seraient forcément de la feutrine du Dollorama. « Ça se découpe en plein de formes, y’a tellement de couleurs ! » ajoute-t-elle.

Mariane prend le temps de réfléchir. Elle possède une dualité étonnante, elle qui semble inébranlable! Il y a le papier de soie… Il y  a aussi les minéraux qui se cassent, « comme un morceau de béton poreux ou une roche de sel. » Une chose est certaine, les deux matières sont friables.

Et ensemble, elles forment le doux soft club. 

L’exposition /rien d’ordinaire/
Du 9 au 28 février 2018
Galerie GHAM & DAFE
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