Tout commence par une histoire de meubles : un titre trouvé en googlant « mobilier russe ». Le résultat de cette anecdote cocasse culmine dans la salle de l’Espace Libre .  Ils arrivent face au public, devant un décor de carton-pâte, pour nous déclarer leur amour des mots : « nous sommes le Groupe de poésie moderne », clament-ils fièrement. Et c’est là que le drame de la pièce, s’il en est un, surgit : le Groupe de poésie moderne s’est égaré, il semble avoir dévié de sa trajectoire. À travers une Russie imaginaire et imagée, à deux pas du Québec, les quatre fantastiques comédiens tenteront, dans une tornade continue de mots, de trouver un sens à cet égarement identitaire.

Crédit photo : Maxime Pistorio
Crédit photo : Maxime Pistorio

C’est une véritable performance qu’offrent Pascal Contamine, Larissa Corriveau, Sophie Faucher et Christophe Rapin dans Splendeur du mobilier russe, la plus récente production du Groupe de poésie moderne, présentée jusqu’au 21 février. Les comédiens sont à couper le souffle dans leur exécution des courts textes de Bernard Dion et Benoît Paiement, auteurs fondateurs du GPM. Et pourtant, la difficulté est grande : le jeu des sonorités et des mots, caractéristique de la démarche inclassable de la troupe, nécessitent un travail de rythme approfondi. Défi relevé pour le metteur en scène Robert Reid.

Crédit photo : Maxime Pistorio
Crédit photo : Maxime Pistorio

À toutes ces précisions nécessaires de la langue s’ajoute la recherche du mouvement. Les corps des comédiens s’élancent et se balancent pour offrir des gestes poétiques qui semblent compléter ce qui est énoncé. Toutefois, (je te l’avouerai), certains moments sont incompréhensibles. De véritables bulles au cerveau. Mais c’est ce qui fait toute la beauté ! Si elle est difficile à apprivoiser, la démarche du GPM semble cousine avec celle de Ionesco et de sa cantatrice chauve, par la déconstruction du langage et de son sens. Christophe Rabin, lui, la qualifie « d’art visuel pour l’oreille ».

Crédit photo : Maxime Pistorio
Crédit photo : Maxime Pistorio

Une chose est sûre, avec le GPM et leur Splendeur du mobilier russe, il faut accepter de ne pas tout comprendre. La force de l’interprétation d’un texte si difficile, qui exige la mise en danger et une certaine virtuosité, permet tout de même d’apprécier la représentation dans son entièreté. Il suffit de se laisser porter par ces étranges sculptures de mots pour voyager, comme une bulle suspendue qui finit par éclater. Se perdre dans ce labyrinthe verbal rempli de surprises, de l’entrée en salle jusqu’à la dernière réplique, c’est ben mieux que de perdre son temps dans les allées fléchées du IKEA.

Du 11 février au 21 février, à l’Espace Libre.